lundi 14 juillet 2014

Quoi? comment docteur? un burn out ??

Un jeudi matin de décembre, je me réveille, mal à la gorge, mal au ventre, mal un peu partout, et une immense fatigue. Et pourtant je me lève. Je m’habille comme un automate.

Un docteur, il me faut un docteur, car j’ai mal à la gorge. Il me faudrait un spray à la lidocaïne, quelques pulvérisations buccales et basta. Je me sais forte, invulnérable, coriace. Je pars chez le docteur. Où est ma voiture ? je ne sais plus. Je cherche, 5 minutes, 10 minutes, pas de voiture, plus de mémoire... Ma clé d’ouverture à distance l’appelle, et enfin elle répond, ses 4 petits clignotants me font de l’œil. Ma petite voiture, si rassurante. Je pose la main dessus, et je chéris son métal froid. Vais-je si mal que je transfère mon besoin de réconfort sur mon auto ? Je mets le moteur en marche. Tourner à gauche tout en regardant ce qui arrive à droite. Mais non, mes bras ne répondent pas, c’est trop pour ma tête. Tut-tut, oups, désolée. Evité le pire, allez on continue. C’est compliqué de décider d’avancer tout en surveillant que la voie est libre. Que m’arrive-t-il, je suis dans un de ces cotons !

Bonjour Docteur, j’ai mal à la gorge. Je dis ça, et puis je me mets à pleurer de façon totalement inattendue. Je raconte le boulot et je pleure. C’est comme un soulagement, mon ventre tout tendu se relâche. Bon, chère madame, vous allez rester quelques jours chez vous et vous reposer, vous êtes sous l’effet d’un manipulateur, vous n’allez pas vous en sortir comme ça. Ne retournez pas, je vous couvre. Tant que ce sera nécessaire je vous couvre. J’ai soudain envie de me lover dans ses bras, ce docteur, comme un père bienveillant, il m’écoute et il me croit. Moi qui ne voulais croire qu’à un mal de gorge ! Je suis une petite fille à la merci du docteur, père éternel sur le moment, je veux m’en remettre entièrement à lui.

Je sors de là et je re-pleure. Un sentiment de retomber en dépendance de tout, de ne rien maitriser, que mon corps ne m’appartient plus, ne répond plus. Est-ce que je l’ai abandonné, à un boulot. Va-t-il me le pardonner ? En tout cas il me passe le message, sévèrement, fermement. Brulant, spasmes, yeux gonflés, boutons, réactions vagales, trous de mémoire, et j’en passe. Mon corps me dit merde, il m’oblige à l’écouter, de toutes les façons. Ma tête aussi.

Mes journées s’étirent à l’infini depuis que je suis en « burn out », et pourtant je n’ai plus aucune patience. Je veux tout, tout de suite. J’ai le temps, mais pas de temps à perdre. Je veux bouffer de l’ennui, mais pas des emmerdes. Trainer au lit, ne rien faire, marcher sans but. Mais je ne peux attendre 3 secondes et demie que ma page charge sur mon PC trop lent. Foutu PC, une pulsion me vient, taper dessus puis le balancer par la fenêtre. Il me reste un peu de bon sens, tout au fond de moi je sais que je ne le ferai pas. Cette certitude suffit à contenir ce geste violent et impulsif.

Que c’est bon de l’écrire, je sens mes pieds, mes jambes, mon cœur, le bout de mes doigts, tout cela vit, fourmille de gaieté, je retrouve le simple bonheur d’être. Et je retrouve un peu de patience. Cela me calme. Je respire. Je sens que mon histoire est comme une sève coincée entre l’écorce et le cœur de l’arbre. Je dois la raconter pour aller mieux.

Je suis sur mon PC, je laisse courir le bout de mes doigts sur les touches, comme au piano. Finalement c’est presque musical. Cela peut même se faire en rythme. Ha tiens oui, je vais me passer un morceau de musique bien péchu et faire danser mes doigts. Mais putain, c’est le morceau à la con qui passe parce que j'essaye de joindre la mutuelle. Un temps d’attente indéterminé et long long long, il faut patienter avec de joyeux joueurs de flute en fond sonores.....

Ana

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